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Live Report : Tricky au Trianon

Publié le par Tehos

Live Report #1 - 16 décembre 2013

En arrivant devant le Trianon, je me dis "chouette, juste à temps pour voir ce que donne Glass Animals". J'avais jeté une oreille sur Deezer dans l'après midi pour me décider et ils m’avaient plutôt séduit. Mais surprise ! Une queue monstrueuse s'étend sur toute la longueur du boulevard de Rochechouart, puis bifurque et monte dans la rue de Steinkerque sans s'arrêter pour autant. Ça fait un sacré bout de temps que je n'ai pas eu à faire la queue pour assister à un concert. Pas le choix, je me colle derrière un couple de quadras et j'esquive habillement le marchand improvisé de bières "moins chères que dans la salle" (ça, je veux bien le croire) et le vendeur de places au marché noir qui négocie sévère avec ce qui semble être un habitué. Le temps passe et fatalement, quand j'entre dans la salle, la première partie a déjà quitté la scène. À se demander même s'ils ont joué. Dommage...

Allez, on se reprend, on se cherche une bonne place dans la fosse (assez près, mais pas trop, légèrement sur la gauche) et on profite des Black Keys qui passent en fond... "Happiness… Come Around… Just Couldn't… Tie Me Down…" Yeah !

Là, je dois préciser que j'ai beaucoup hésité à prendre ma place (tellement, que j'ai dû racheter celle de quelqu'un qui ne pouvait pas venir) parce que l’on sait bien qu’avec Tricky, on ne se trouve pas en face d’une bête de scène. On n'y va pas pour apprécier sa performance, mais plutôt pour profiter du personnage, une véritable icône ! Pilier du trip-hop des années 90, on le retrouve sur les deux premiers albums de Massive Attack avant que sa carrière solo n'explose. Pas vraiment à l'aise avec sa voix, il la cache la plupart du temps derrière le talent de chanteuses qu'il découvre et aide à éclore aussi bien en studio que sur scène. C’est tout de même son quatrième concert parisien en 2013, suivant sa venue à la Maroquinerie, à la Gaité Lyrique et à Rock en Seine. Bref, n'ayant pas pu profiter pleinement de son concert aux Eurockéennes en 1999 (à cause d’un état comateux probablement causé par un mélange abusif de substances prohibées), dont je ne me rappelle que quelques bribes éparses (ciel gris, silhouette sombre sur scène, herbe marron, beats envoûtants et lourde pluie), j'avais enfin pu me rattraper cet été à Rock en Seine. Concert de clôture de cette édition (en même temps que System of a Down, quel gâchis), ce fut un moment formidable dont je ne parlerais pas ici. Mais revenons à nos moutons... Je m'attendais donc à assister à une redite en salle avec quelques morceaux supplémentaires, d'où mon hésitation d'origine. Et bien ce fut exactement ça, mais je n'ai pourtant aucun regret !

La lumière s'éteint et une bande son raggae associée au show nous fait patienter encore un instant. Quelques spots très légers s'allument en douceur, comme pour annoncer l'arrivée de la sombre atmosphère que construit Adrian Thaws (alias Tricky) à travers son univers sonore. Les musiciens s'installent discrètement et lancent une version instrumentale de "I Don't Wanna". L'auditoire attend la star en observant la formation rock (guitare/basse/batterie/claviers) qui donne un relief inattendu, mais bienvenu, au trip-hop habituel de l’artiste. Sur scène, une silhouette féminine se balance dans l’obscurité et en rythme au son de la guitare saturée qui me fait bouger la tête. Il s’agit de Francesca Belmonte, avec qui il collabore depuis quelques années. L’ombre venue se poser de dos devant la batterie se retourne soudain et vient saisir le micro en sautillant pour entamer "I Live Alone". Les mots sont hésitants, presque inaudibles, mais doublés par la chanteuse. Tricky semble être un peu perdu et avoir du mal à se mettre en place. J’entends quelques "on n’entend rien" fuser à travers la salle. Y a t’il un problème ? Est-il bien branché ? Non, tout va bien, c’est juste sa façon de faire et je m’y attendais un peu. Il ne lâche pas le micro, s’y accroche déjà comme si sa vie en dépendait. Par moment, il se contente d’appuyer certains mots des phrases assénées avec tranchant par Francesca, mais il s’agite et la saturation de la guitare amène un final plutôt musclé. Il se retourne, se dirige vers la batterie pour boire un coup, enlève sa chemise et se retrouve torse nu. Je saute littéralement de joie lorsque je reconnais les premières notes du riff de guitare de "Ace of Spades", grand classique de Motörhead. Et là, tout s'emballe ! Tricky allume le premier spliff de la soirée et incite le public à monter sur scène. Une vingtaine de personnes l'écoute et grimpe pour se défouler alors que l'implacable morceau se déverse sur le Trianon. GRAAaoow de plaisir, joie, bonheur et extase ! Je crois qu’à ce moment là, nous sommes plusieurs à ressentir ce sentiment de partage qui s’installe entre l’artiste et le public. Quand l’orgie se termine, vient l’heure des accolades. Quelques uns viennent saluer le chanteur en le prenant dans leurs bras alors que les premières notes du vaporeux et inquiétant "Overcome" envahissent la salle. Notre mystérieux hôte se retourne alors durant ces quelques minutes pour laisser la vedette à sa protégée. C'est assez rare pour être signalé, mais sur les six protagonistes du show, trois sont des filles. Le bougre a toujours su s'entourer… d’ailleurs, ça me rappelle qu’il a eu une courte histoire avec Björk… haaa, Björk

Live Report : Tricky au Trianon

Je plonge ensuite dans l’atmosphérique "Nothing’s Changed", assez calme, mais qui me maintient dans une tension rythmique. Tricky chuchote, murmure (et là, un grand merci aux techniciens pour la très bonne balance et le son modeste qui permettent d'en profiter quand même un peu) et fume encore. Puis, je me laisse emporter par "Parenthesis", titre très efficace sur scène, même si la voix de M. Thaws paraît lointaine. C’est déjà la seconde fois qu’il montre de la main Francesca Belmonte, comme pour lui rendre hommage ou nous indiquer que c’est plutôt par là que ça se passe. Il ne lâche plus son micro et semble se confier à nous tout au long du bluesy "Puppy Toy". Puis, j’adhère totalement à "Past Mistake", très beau morceau planant sur lequel se chevauchent les voix de Francesca Belmonte et de Tricky, tels de sombres amants en train de s’enlacer et qui nous font grimper jusqu’à un nouvel orgasme musical. Au bout d’un moment, j’observe le chanteur prendre deux micros sur pieds, se tenir entre eux et lâcher son énergie sur cette version allongée qui s’étendra sur de longues minutes. Ça fait du bien de le voir comme ça. Il se lâche au fur et à mesure que les titres se succèdent. Sa gestuelle très particulière me surprend un peu, il mouline des bras avec véhémence tel un boxeur en transe qui sort de son coin du ring avec la rage. L'ambiance est très tamisée, on discerne parfois les acteurs de la soirée uniquement grâce aux subtiles lumières qui profilent leurs silhouettes. Parfait, juste ce qu'il faut. L’étreinte continue sur "Pumpkin", puis c’est la reprise des Breeders, "Do You Love Me Now?" et son refrain rock qui emballe le public. Le Kid se ballade sur scène et semble enfin heureux d’être là, il est libéré et le morceau dure longtemps. Francesca est en constant mouvement, comme dans une danse hypnotique qui colle parfaitement avec l'atmosphère sensuelle que développe Tricky.

Il se retourne encore pour fumer quand commence "Black Steel", reprise musclée de Public Enemy. Francesca Belmonte doit alors s’agiter seule sur scène et elle a l’occasion de faire monter un peu la température et de se mettre en avant. Des percussions annoncent l’étrange et obsédant "Does It" sur lequel Tricky est presque seul au micro, assumant cette fois son statut et faisant exploser ce morceau à plusieurs reprises. Les musiciens ne sont pas en reste et ondulent parfois tout en tissant cette atmosphère envoûtante propre au répertoire de l’icône. Le groupe est plutôt bon. Viennent ensuite "Really Real", "Makes Me Wanna Die" (qui voit Francesca à nouveau chanter seule) et une version instrumentale de "Valentine" qui m’anesthésie légèrement. Tricky fume à nouveau, penché face à la batterie, dans son coin, son refuge qu'il aurait besoin de retrouver pour reprendre son souffle. "Joseph" passe bien, mais ne me réveille que par à-coups. Je ne connais pas le morceau qui suit, mais j’adore son riff de guitare et son flow accrocheur, une sorte de rap fusion vraiment très réussi. C’est "Gangster Chronicle", une reprise de London Posse. Tricky souffle un énorme nuage de fumée alors que je reconnais le début du classique "Vent" qui déclenche quelques cris d’encouragements. Puis, le public se fait silencieux, ou plutôt respectueux pour écouter le chanteur anglais qui commence à réciter seul, tel un sombre poète, avant d’être rejoint par Francesca. Les roulements de caisse claire font monter la pression par vagues puis retombent. Ça recommence avec d’avantage d’intensité, puis ça retombe encore. Chaque vague est de plus en plus forte et les spectateurs tapent des mains sur les passages planants en attendant la prochaine. Tricky nous remercie, il assure pas mal et sa chanteuse danse quand elle ne l’accompagne pas. Un bon trip de presque dix minutes qui voit le groupe quitter la scène rapidement, un peu à la manière dont ils étaient arrivés.

J’entends alors quelques critiques et sifflets fusés autour de moi. Ils en veulent plus ! Et moi aussi bon sang ! Le groupe se fait désirer un moment, mais revient finalement pour un rappel. Tout reprend comme s'il n'y avait pas eu de pause. Tricky (qui a remis ses fringues) reprend sa position face à la batterie pour tirer encore sur un spliff pendant que Francesca chante le début de "I Sing for the Joker" qui monte pour flamber. Il hurle et répète un "Do You Hear Me Now?" à l'attention du public et effectivement, il s'impose d'avantage, se laisse aller et libère un peu plus sa voix, tout en brandissant un poing rageur. Tout ça prend sens, comme une montée libératoire pour l'artiste et jubilatoire pour l'assistance. Sur "Nothing Matters", Nneka (tiens, encore une collaboration féminine) n’est pas là pour interpréter son duo studio avec lui, mais à sa façon, Francesca Belmonte assure la relève et parvient presque à me la faire oublier, alors que je l’adore. Après une seconde sortie de scène, j’ai droit à un second rappel avec un "By Myself", titre inédit, comme le précédent d’ailleurs. C’est le plus long du set et Tricky invite à nouveau le public à le rejoindre sur scène pour un final pétaradant.

En sortant du Trianon, mon attention est captée par une discussion que je perçois en passant. Deux anglaises tendent leurs billets à une ouvreuse qui essaie de leur expliquer que c’est terminé et qu’elles ont deux heures de retard. Les deux filles éclatent de rire, un peu gênées. Je me demande qui a le plus fumé ce soir… Pour certains, Tricky a pu paraître absent et presque incapable de tenir la scène, en bon junkie qu’il est. Mais si on connaît un peu le personnage, on le retrouve tel qu'il est, écorché et indépendant, comme un enfant blessé qui prend ses distances car il n'ose pas tout de suite s'ouvrir et partager. Tricky est un être à part et je crois qu'il faut essayer de le comprendre pour l'apprécier pleinement sur scène. J’ai eu droit à un mélange de nouveaux et d’anciens morceaux, entrecoupés de quelques reprises et titres rares. Un bon concert qui finalement aura duré 1h30, juste ce qu'il fallait et qui laisse l'impression d'avoir partagé un moment avec un être imparfait, mais unique, moi ! Non, j'déconne, je parle bien sûr de Tricky !

Tehos

Setlist :

  1. "I Don't Wanna" (version instrumentale)
  2. "I Live Alone"
  3. "Ace of Spades" (reprise de Motörhead)
  4. "Overcome"
  5. "Nothing’s Changed"
  6. "Parenthesis"
  7. "Puppy Toy"
  8. "Past Mistake"
  9. "Pumpkin"
  10. "Do You Love Me Now?" (reprise de The Breeders)
  11. "Black Steel" (reprise de Public Enemy)
  12. "Does It"
  13. "Really Real"
  14. "Makes Me Wanna Die"
  15. "Valentine" (version instrumentale)
  16. "Joseph"
  17. "Gangster Chronicle" (reprise de London Posse)
  18. "Vent"
  19.  
  20. "I Sing for the Joker"
  21. "Nothing Matters"
  22. "By Myself"

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