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Live Report : Cheveu à la Maroquinerie

Publié le par Tehos

Live Report #4 - 6 février 2014

J’arrive un poil en retard, mais pas de panique, je ne suis pas le seul. En attendant mon pote G, que j’ai convaincu la veille de m’accompagner, je ne m’étonne qu’à moitié de trouver la salle quasiment vide. Je récupère quelques flyers, j’ère un moment, me prend une bière et questionne la barmaid qui me répond "ils ne joueront qu’à partir de 21h00, avant il y a Badaboum". N’ayant pas eu le temps d’avaler quoi que ce soit de solide et après une journée exécrable, je ne suis pas franchement motivé pour assister à une première partie. Heureusement, G arrive à ce moment-là et se prend aussi une bière, mais plus grande.

On papote encore sur les marches qui entourent la fosse de la Maroquinerie lorsque je me rends compte que trois jeunes femmes à l’allure débraillée ont déjà commencé à jouer. Après le premier morceau, elles échangent leurs instruments entre elles et tentent d’avoiner leur mixture punk dark wave. Ça ne prend pas vraiment… Les instruments continuent à passer de main en main et je regarde G qui semble partager mon avis. On dirait vraiment un groupe d’amatrices (et ça n’a rien à voir avec un commentaire sexisme). Ça ne le fait pas trop, mais au moins elles semblent s’amuser.

La salle s’est remplie quand les trois énergumènes de Cheveu s’installent sobrement sur scène. Ils commencent fort avec un nouveau titre, le sombre et frénétique "Albinos", qui déboule tel un bolide. Les premiers mots de la soirée donnent le ton lorsque j’entends le chanteur déclarer "je suis un mort vivaaant !" Il annonce ensuite "La Fin au début", du précédent album et ça continue à envoyer et à m’emballer sévère. J’adore ce morceau très industriel et à l’atmosphère sombre, sa guitare écrasante, sa boîte à rythme qui fusille comme sur du death metal et son refrain entraînant. La foule est assez hétéroclite autour de nous et il m’est impossible de ne pas dansautiller (ouais, celui-là c’est un hybride de ma création) sur place avec une bonne partie de la fosse. L’ambiance est bonne !

Ayant encore quelques lacunes sur la discographie du groupe et étant plongé dans l’ambiance, je profite et je me rends compte que j’ai un peu perdu le fil de la set list. Je reconnais la volée de morceaux provenant du nouvel album, "BUM", presque interprété dans son ensemble. Le joyeux et chaleureux "Stadium", "Slap & Shot" et son esprit punk ou l’hymne post pop décalé qu’est "Monsieur Perrier". Je me trémousse avec entrain sur "Juan In a Million", "Madame Pompidou" me ravie de son étrange mélange et le mélodieux et ambitieux "Polonia" m’emporte avec ses phases mystiques avant de terminer en trip presque jungle. Très bon accueil pour les parties mélodiques un peu plus pop qui découlent de "BUM", peut-être aussi parce que tout sonne plus musclé que sur les albums, brut de décoffrage. En observant mes voisins, je comprends que mon enthousiasme est largement partagé. 

Live Report : Cheveu à la Maroquinerie

Au centre, mais au fond de la scène, se tient Olivier Demeaux, assez discret derrière ses claviers. À sa droite, j’aperçois Étienne Nicolas et sa gratte. Pas très grand et posté à mon opposée, je ne le vois pas beaucoup, mais il est bien présent. De mon côté, il y a David Lemoine, placé devant sa boîte à rythmes, ses tables à effets et ses trois micros. Il est la principale source d’énergie du groupe, à l’arraché, expérimental et dynamique, il investit régulièrement le reste de la scène pour extirper de lui-même son chant garage/punk, parfois yaourt. Les spots de la salle sont mis à contribution et clignotent chaotiquement lorsque la musique s’emballe. Le son est plutôt moyen, mais ça passe. Ce qui me dérange un peu, c’est le manque de relief que peu parfois avoir la musique, probablement parce qu'elle provient en grande partie des synthés.

Dispersés parmi les titres récents, je retrouve aussi pas mal de morceaux qui proviennent de leurs albums précédents, comme l’étonnant "Quattro Stagioni". Lorsque les premières notes de "Charlie Sheen" retentissent, je sais que ça va très vite péter dans une violence punk et des cris enragés. Et BAM ! La fosse éclate dans un énorme pogo qui me laissera un peu étourdi, mais avec le sourire aux lèvres. La fosse tremble encore avec "Ice Ice Baby", "Superhero" ou "My First Song", emprunt de l’époque qui a vu sévir The Stooges. Par moments, je dois régulièrement éviter les nombreux slammeurs qui sévissent ce soir entre nous et le plafond bas de la Maroquinerie. Je reviens vite à l’essentiel grâce à mes oreilles, lorsqu’elles transmettent un message de plaisir au reste de mon corps. Elles frétillent sous l’arpège de "Like a Deer in the Headlights", puis de ses passages punk, d’une partie expérimentale improvisée et de sa fin oppressante. Les larsens s’éternisent encore un moment alors que les musiciens ont déjà quitté la scène et que le chanteur plane au-dessus du public.

Pour le rappel, le nouveau "Blood & Gore" me remet dans le bain. Je me prends à headbanger sans cheveux (ou presque) et à me balancer sur G et mes autres voisins. Le furieux "Clara Venus" clôt finalement la soirée en faisant trembler la Maroquinerie de longues minutes sous un déluge sonore. C’est dans ces moments là que la fosse de cette petite salle dévoile une partie de son charme. Les spots s’emballent, la foule s’excite et la vilaine mademoiselle Clara nous torture d’expérimentations bruyantes avant de nous laisser en paix. Lemoine et son matos finissent dans la foule et le public tente d’envahir la scène jusqu’à ce qu’un videur ne perturbe un instant le chaos ambiant.

D’autres morceaux ont été joués, mais ils se sont sûrement perdus dans un souvenir de sons distordus. En tout cas, ce soir, c’est sûr, ils ont laissé leur inspiration blues au vestiaire. Un show axé sur le répertoire le plus dynamique du groupe, les morceaux au tempo plus lent ayant été mis de côté. Un son pas franchement bon pour une heure et quart de concert, mais c’était suffisant vu l’intensité du set. Une prestation noise non destinée aux esthètes, mais excellente ! Un condensé d’énergie brute.

Tehos

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