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Live Report : Ravi Coltrane Quartet au New Morning

Publié le par Tehos

Live Report #17 - 6 mai 2014

Ce soir, j'ai rendez-vous avec mon pote N et son collègue R devant le New Morning pour assister à un concert de jazz. J'étais déjà dans cette même file d'attente il y a un peu plus de trois semaines, pour voir Shai Maestro et son trio. Je reviens aujourd'hui, mais pour un quartette, celui de Ravi Coltrane. Oui, Coltrane comme John Coltrane, le grand saxophoniste dont il est le fils, mais aussi comme Alice Coltrane, sa mère elle aussi musicienne. Tous deux sont aujourd'hui décédés, tout comme le maître sitariste Ravi Shankar, grand musicien indien dont il porte le prénom en hommage. Il est aussi le cousin de l'artiste électronique Flying Lotus. Bref, on peut dire qu'il porte un nom lourd de symbole et d'histoire, sûrement pas facile à assumer tous les jours, surtout quand on a choisi la même voie que son illustre géniteur. Petit à petit, il a su se faire une place, d'abord discrètement en jouant pour d'autres (y compris avec le saxophoniste Steve Coleman, que j'adore et qui l'a sans doute influencé), puis en se lançant dans une carrière solo, tout en continuant de participer à différents projets. Très marqué par l'influence de son père, il a néanmoins su se démarquer de l'ombre de "Trane" pour se créer sa propre identité au fil des années, à travers une réinterprétation d'un be-bop plus libre que jamais.

Je retrouve mes compagnons un peu avant vingt heure trente, horaire annoncé pour le concert. Je n'avais pas vraiment prévu de venir ce soir, mais N m'a proposé de l'accompagner la veille et je me suis facilement laissé tenter. Une fois à l'intérieur, nous trouvons une très bonne place, aux premières loges au-dessus de la fosse, histoire de pouvoir bien profiter des musiciens, juste en face. Nous avons le temps de discuter et de boire quelques verres, puisqu'une heure plus tard, nous sommes toujours en train d'attendre.

Le groupe finit par arriver et les quatre hommes s'installent sur scène. Ils sont plutôt élégants, surtout les deux musiciens se trouvant aux extrémités. À gauche, de trois quart dos, David Virelles est au piano et porte un costume noir, tandis que la tenue toute blanche de Johnathan Blake contraste derrière sa batterie. Il est particulièrement visible car d'une carrure assez imposante, mais aussi parce que ses cymbales sont installées très bas, au niveau de ses fûts. Entre les deux se trouve Dezron Douglas à la contrebasse et Ravi Coltrane aux avants postes. En entrant, il a posé deux saxophones sopranos sur un support au sol et a gardé un ténor avec lui.

Pendant son discours d'introduction (dans lequel il distille quelques mots en français), Ravi Coltrane présente le premier morceau du set, avec un titre qui sonne comme "Judas Lied" ou quelque chose dans le genre, une reprise de quelqu'un qu'il apprécie beaucoup, mais dont le nom m'a malheureusement échappé. En tout cas, ça commence plutôt fort, lorsque Douglas et Blake entament à l'unisson un duo où la basse et la batterie s'embarquent déjà dans une cavalcade endiablée. Le ton est donné et le tempo soutenu, lorsque les deux autres musiciens entrent à leur tour dans la danse. Ravi s'élance alors dans un long phrasé de notes qui semble ne plus vouloir s'arrêter, voletant à travers une rythmique d'une grande intensité et se pliant parfois en deux à la limite de s'accroupir. Il joue ainsi une bonne dizaine de minutes sans presque prendre le temps de respirer. Je remarque les accents rythmiques appuyés par Virelles, avant qu'il ne se lance dans un long solo de piano rapide et aux sonorités plutôt classiques. Le saxophoniste s'est écarté pour le regarder du côté de la scène, tandis que le duo qui compose la section rythmique ne s'est toujours pas apaisé. Puis, un bourdonnement de notes cuivrées et soufflées en trémolo rapide, accompagne le retour de Ravi Coltrane au milieu de la scène. Les repères rythmiques posés par la contrebasse et le piano me permettent de rester à flot, car Blake délivre un véritable déluge de coups qui me fait décrocher un moment du reste du groupe. Il est vraiment très impressionnant et provoque des réactions dans le public. Puis, ils semblent repartir tous les quatre sur un fil commun, le sax survitaminé hurlant encore quelques instants avant de s'éteindre avec le morceau.

Live Report : Ravi Coltrane Quartet au New Morning

Après ce premier titre survolté, Ravi s'équipe d'un saxophone soprano, tandis que le pianiste s'élance seul dans une introduction syncopée et dont le groove emballant me prend déjà. Les trois autres musiciens le rejoignent ensuite dans ce nouveau morceau plus soft, mais avec un duo rythmique toujours bien présent. Leur leader nous offre un solo plus détendu avant de repartir sur le côté de la scène, derrière le batteur, d'où il peut observer ses acolytes. David Virelles part alors dans un nouveau long solo de piano cool et très agréable (qui m'évoque un peu une ambiance à la Keith Jarrett ou Herbie Hancock des années soixante-dix), toujours bien soutenu par Blake et Douglas qui ne s'arrêtent jamais de jouer. Ravi revient au centre de la scène pour reprendre là où il en était resté. J'avoue que je ne peux m'empêcher d'être irrémédiablement attiré par le jeu de Johnathan Blake, tant il prend de l'espace sonore. Pas trop, tout le monde a bien la place de s'exprimer, mais j'ai l'impression qu'il est tout le temps en train d'envoyer du lourd et de varier son jeu. D'ailleurs, alors que je me suis oublié dans l'observation de l'une de ses impressionnantes explosions, Ravi s'est à nouveau écarté des lumières pour laisser les trois autres membres de son groupe s'exprimer sans lui. Virelles nous refait passer par le groove soft du début, si agréable, avant de s'effacer lui aussi au profit de Dezron Douglas, qui se retrouve bientôt seul derrière sa contrebasse, plongé dans l'exécution d'un solo assez agressif. Il semble presque en souffrance, alternant gimmicks relâchés et serrage de dents...

... Au bout d'un moment, le quartette repart ensemble dans un rythme plus rapide, mené par un Ravi Coltrane qui a changé de soprano pour se lancer dans un long phrasé presque ininterrompu et qui swing. La mélodie qu'il développe est aussi rapide que la ligne de basse qui galope avec elle. Je pense que l'on est passé dans un autre morceau, ça n'a vraiment plus rien voir. Je remarque aussi que Virelles ne joue plus, observant son saxophoniste s'exprimer, il semble l'écouter attentivement. Comme souvent dans les concerts de jazz, je me retrouve un peu perdu dans la setlist, ne sachant pas forcement à quoi j'ai à faire, reconnaissant certains thèmes par moment. Mais c'est justement ce qui fait la force de cette musique, la liberté totale qu'elle génère de part son histoire et la personnalité de ses interprètes. Le flot de notes enlevées et la section rythmique qui fuse à toute allure sonnent très be-bop et j'adore ça. Les trois hommes jouent ainsi un moment, c'est très emballant, voir enivrant ! Un thème réapparait soudain au sax et attire mon attention, juste au moment ou tous s'arrêtent net et que Ravi disparait une nouvelle fois, sous les applaudissements du public. Pas le temps de souffler, c'est dans la seconde que David Virelles refait sonner son piano que j'avais presque oublié. Ses compères rythmiques le rejoignent instantanément et tous trois tâtonnent quelques instants dans un échange déstructuré, avant de laisser le pianiste s'échapper dans un long solo assez rapide et plutôt moderne. Ils le laissent partir, mais ne l'abandonnent pas pour autant, tissant une toile rythmique rapide et continue sur laquelle il peut se reposer. Encore une fois, je ne peux échapper aux salves discrètes, mais bien présentes, envoyées par Johnathan Blake et son jeu extravagant. Ça semble si facile… Puis, quelques notes jouées par Ravi me ramènent au quartette, alors qu'il revient sur scène. Un dialogue semble s'installer entre lui et son batteur, les deux hommes alternant des phases musicales, comme s'ils se répondaient. Blake est très impressionnant au-dessus de sa batterie, mais Coltrane tente de rivaliser dans un autre genre, ses notes virevoltants dans un flot saccadé. Les doigts de Dezron Douglas ne s'arrêtent pas de courir sur le manche de son instrument et David Virelles ponctue ce passage de petites touches abstraites. Le thème repéré tout à l'heure refait une dernière apparition, annonciateur de la fin du morceau.

Après ce moment vif et très riche, Ravi prend le temps de nous remercier, plusieurs fois car les acclamations se succèdent, avant de revenir sur ce qu'ils ont joués. Ils ont en effet enchaînés deux titres, "Quilly's Blade", l'une de ses compositions (je ne suis pas sûr qu'il en existe un enregistrement studio, en tout cas je ne le connais pas) et "Segment", une reprise de Charlie "Bird" Parker, saxophoniste de légende des années quarante et figure incontournable du be-bop.

Il nous présente ensuite la pièce qui va suivre, "Endless", une reprise du batteur Paul Motian, disparu en 2011 à l'âge de quatre-vingt ans. Ce dernier a joué avec de très nombreux musiciens (Bill Evans, Keith Jarrett, Joe Lovano, Bill Frisell, Chris Potter… la liste est longue) et il est connu pour avoir bouleversé le jazz par sa capacité à aborder la batterie d'une manière mélodique, non plus essentiellement rythmique. Ravi nous explique qu'il s'agit de quelque chose de bien plus posé que ce que nous venons d'entendre. En effet, le quartette se met à évoluer très lentement, construisant une atmosphère éthérée, très loin du début du set. Ravi Coltrane s'est remit au saxophone ténor et son jeu se fait plus élégant, plus classique qu'à son habitude, tandis que piano et contrebasse se font subtils. Johnathan Blake s'est équipé de mailloches afin d'avoir un son différent, avec d'avantage de délicatesse. Je pense qu'il est enchanté de jouer un morceau d'un maître batteur et son jeu se déstructure, mêlant douceur et extravagance. Ravi s'écarte encore, laissant David Virelles se balader dans un solo assez classique, mais durant lequel j'ai tout loisir d'admirer sa dextérité. Son jeu se transforme pour devenir la grâce incarnée. Venant contrasté avec ce moment d'émotion, Dezron Douglas lâche un solo de contrebasse un peu trop haché à mon goût et qui coupe le morceau. J'ai toujours un peu de mal avec les solos de basse dans le jazz. J'ignore pourquoi, j'adore cet instrument, mais je n'arrive presque jamais à apprécier ce type de solos, probablement parce qu'en général trop mélodiquement éloigné du groupe et créant une trop grande rupture avec l'ensemble. Puis, Ravi revient jouer tout en douceur et redonne une unité au quartette. Ses notes me caressent littéralement et je me dis que c'est tout à fait le genre de moment approprié pour parler d'accalmie après la tempête. Mais tout finit par s'évanouir, comme au réveil d'un rêve brumeux.

C'est par des à-coups rythmiques que les quatre hommes entament ensuite ensemble le morceau suivant, "Klepto", un titre récent de Ravi Coltrane et provenant de son dernier album, "Spirit Fiction", sorti il y a déjà deux ans, mais pour lequel il donne ce concert. Les premières minutes sont assez sobres, mais je crois plutôt que je me suis habitué à l'effervescence des musiciens. Du coup, cette fois-ci c'est la fluidité du jeu de Coltrane sur lequel je me surprends à bouger, jusqu'à ce qu'il sorte encore de scène. C'est alors Virelles qui se met en avant un instant avec un solo essayant de s'accrocher au rythme, mais la batterie se désagrège et m'offre quelques décalages qui me font mal à la tête. J'adore ce genre de moments… Encore une fois, les musiciens sont laissés à eux-mêmes et le mot liberté me vient à l'esprit. On est là dans un moment qui correspond peut être à ce que le jazz a de plus particulier par rapport aux autres musiques, cette capacité à l'improvisation en groupe. Puis, Dezron Douglas et David Virelles s'arrêtent, ne lâchant que quelques notes par-ci par-là, ne pouvant que regarder le monstrueux Johnathan Blake s'enflammer sur sa batterie et nous offrir un solo magistral qui m'arrache littéralement la tête. Il utilise parfois une espèce de cymbale verticale qui pend sur le côté, comme une fine feuille de tôle arrondie. Puis, l'air de rien, un court thème reconnaissable me remet sur pieds, alors que Ravi est réapparu comme par magie. Comme d'autres autour de moi, j'en profite pour crier, à la fois pour remercier le batteur, mais aussi pour évacuer cette tension que son jeu a fait monter en moi. Les deux autres ont reprit le court du morceau, pour un rapide final ou les notes se mélangent avant de disparaître.

Ravi nous remercie, présente ses musiciens largement salués par le public, puis annonce une courte pause avant de disparaître dans les coulisses. Je m'attends à un break d'une vingtaine de minutes, mais le temps passe et personne ne revient. Au bout d'une demie heure, j'avoue être un peu blasé, car le premier set ayant duré une heure et quart, je me dis que je vais sûrement devoir rentrer en taxi. Ça m'est déjà arrivé au New Morning, mais en même temps, je n'ai pas l'intention de m'éclipser avant la fin, c'est trop bon. Heureusement que j'ai eu le temps de grignoter avant de venir, ce qui n'est pas le cas de mes deux compagnons, qui commencent je crois à crever de faim. Quand les concerts débutent assez tard, je ne comprends pas vraiment pourquoi ils annoncent un horaire trop avancé, surtout quand il n'y a pas de première partie pour patienter. Je dois encore m'armer de patience, car les musiciens ne reviennent sur scène qu'après quarante-cinq minutes de pause… Ravi Coltrane avait annoncé "A short break", je pense que nous n'avons pas la même conception du temps. Bref, revenons plutôt à sa musique…

Cette fois, c'est Blake qui débute seul en jouant une introduction assez rapide et sur laquelle il utilise tout ce qu'il a sous la main. Puis, les trois autres musiciens le rejoignent et Ravi se lance dans une mélodie au sax ténor. Il s'agit d'une interprétation du "Countdown" de son illustre père, mais revue à sa manière. Au lieu de commencer à toute allure, il prend le parti de jouer la section rythmique que l'on retrouve dans la seconde moitié du morceau original. Virelles s'arrête, alors que le saxophone se fait exubérant, puis c'est Douglas qui stoppe pour laisser Coltrane et Blake partir dans un duo enlevé, mais les deux hommes replongent vite dans la mêlée et le quartette évolue à nouveau au complet un court instant. Le saxophoniste s'échappe sur le côté, tandis que le pianiste se lâche dans un long solo qui voltige sur la rythmique fusant à toute vitesse derrière lui. L'intensité est vite revenue, j'ai oublié la pause. Tout le monde se calme et la structure rythmique se désagrège. Virelles et Douglas s'arrêtent et ne perdent plus des yeux Johnathan Blake qui part dans un nouveau solo impressionnant, alors que des cris retentissent en provenance des spectateurs. Tout le monde semble scotché et une fois encore, Ravi revient relancer la machine en jouant le thème du début, avant que le morceau ne s'arrête. Une fois les applaudissements éteints, le fils prodige nous remercie plusieurs fois pour notre accueil et présente ce qu'ils viennent de jouer.

Le pianiste commence ensuite à jouer seul, d'une manière des plus classique et dans un silence respectueux. Ses doigts se déplacent lentement sur les touches de son instrument pour créer un instant de calme, reposant après la furie précédente. Le saxophone vient poser une mélodie langoureuse par dessus le piano et les deux hommes jouent sereinement un petit moment. Puis, le quartette se reconstitue sur ce morceau plutôt tranquille, si je le compare aux autres. Ravi fait une nouvelle sortie, alors que David Virelles exécute un solo qui se voit rapidement renforcé par les à-coups saccadés envoyés par Blake

Le saxophoniste est revenu au soprano pour se remettre à jouer, ses notes m'envoûtent et il me fait penser à un charmeur de serpents. La musique a changée, a pris plus d'ampleur et évolue d'une manière erratique. Les baguettes percutent en désordre le cercle métallique de la caisse claire et les doigts de Douglas se sont mis à se déplacer frénétiquement sur le manche de sa contrebasse. Le ténor réapparait et le fil de notes joué par Ravi se fait plus savoureux, tout en jouant un thème plutôt sombre, voir oppressant. Virelles éparpille quelques groupes de notes en désordre, donnant une touche très moderne à l'ensemble. Puis, la tension retombe et l'on n'entend presque plus que lui, subtilement épaulé par une section rythmique plus légère, alors qu'il s'élance dans un solo virevoltant. Mais la fusion s'opère à nouveau entre les musiciens et le magma grouillant qu'ils produisent se transforme en une bête menaçante, qui progresse en rebondissant sur les extravagances du piano, très libre. La sombre ligne de basse tourne en boucle et en devient obsédante. Le morceau m'évoque justement les moments épiques du génial Magma, mené par Christian Vander, fan ultime de John Coltrane. Ce n'est pas un hasard si le lien ressort ici, car il s'agit du titre "Fifth House" de Coltrane père, aussi enregistré par son fils. Le saxophone de Ravi vient donner un nouvel essor et éclipse le piano qui s'éteint presque complètement. Le flot du leader nous entraîne dans un cheminement free jazz et sombre qui frôle la frénésie. Les trois autres musiciens s'oublient eux aussi et provoquent une montée d'intensité dans la tension rythmique. La ligne de basse m'obsède plus que tout, derrière le saxo qui frémit et s'enflamme par phases. La progression rythmique évolue en s'étoffant à nouveau, mais la folie s'apaise. Ravi s'envole encore une fois et je ne peux pas m'empêcher de penser que l'ombre de son père rôde autour de lui, avant qu'il ne mette un terme à ce moment qui m'a tant fait décoller.

Live Report : Ravi Coltrane Quartet au New Morning

Ravi Coltrane prend le temps de nous parler un moment pour présenter le prochain morceau, qui sera aussi le dernier. Il s'agit de "For Turiya", un titre écrit par le bassiste Charlie Haden (mais également enregistré par notre hôte), en hommage à la mère de Ravi, Alice Coltrane, qui avait adopté le nom hindou de Turiya dans les années soixante-dix. Puis il se place encore une fois en retrait, sur le côté de la scène. David Virelles commence alors à jouer seul. Ses notes sont très douces et semblent inspirer une rêverie à Dezron Douglas, dont le regard se perd en l'air. Le batteur a rejoint Ravi sur le côté et ils observent le pianiste dans une attitude respectueuse. Puis, doucement, Blake reprend sa place et fait doucement frétiller ses cymbales du bout de ses baguettes. Ravi ne tarde pas à les rejoindre et bientôt, ils jouent tous ensemble en harmonie dans un apaisant moment. Les doigts virevoltent en douceur sur les touches et sur les manches, appuyés par de doux roulements de percussions. Mais tous s'arrêtent bientôt pour laisser le contrebassiste partir dans un solo un peu rugueux et au son sec. À ce moment là, je me dit que je me serais bien passer de ce passage, je n'en suis pas franchement fan. Encore un solo de basse qui me laisse septique. Les trois autres musiciens le regardent fixement, durant de longues minutes qui s'éternisent. On dirait des statues, tant ils ne bougent pas d'un poil. Le batteur se remet à tambouriner sur ses fûts et tout le monde reprend progressivement le morceau. La musique se mue en une vibration ondulatoire très agréable, guidée par le froissement léger du métal constituant les cymbales. Puis, je me délecte du thème majestueux interprété par Ravi, plein d'émotion, avant que petit à petit, les notes jouées par les musiciens perdent de leur substance et ne soient plus qu'une impression de musique qui s'éteint dans un souffle.

Après une dernière présentation du quartette, Ravi laisse les applaudissements et les souvenirs derrière lui et retourne en coulisses avec ses acolytes. De rapides au revoir qui me laissent la tête remplie de notes frénétiques, mais aussi de cette impression de douceur sur laquelle le saxophoniste a décidé de finir son set, qui aura duré un peu moins de deux heures et demie au total. Heureusement, mon pote N, qui est venu en voiture, a la gentillesse de me raccompagner dans ma banlieue. Je ne m'attendais à rien de bien précis, mais Ravi Coltrane et ses musiciens ont abordés différents aspects du jazz à travers le choix des morceaux (qui doit varier tous les soirs, ou presque) et ont parfaitement illustré le sentiment de liberté, si cher au cœur du saxophoniste, dans leurs nombreuses envolées frénétiques. J'ai même par moment aperçu le fantôme de "Trane" se pencher sur son fils pour lui souffler son assentiment. Mention spéciale pour Johnathan Blake, plus qu'impressionnant derrière sa batterie. Je me demande si je ne l'ai pas déjà vu sur scène avec Steve Coleman il y a quelques années…

Tehos

Setlist :

  1. "Unknown" (reprise)
  2. "Quilly's Blade"
  3. "Segment" (reprise de Charlie Parker)
  4. "Endless" (reprise de Paul Motian)
  5. "Klepto"
  6.  
  7. "Countdown" (reprise de John Coltrane)
  8. "The Message"
  9. "Fifth House" (reprise de John Coltrane)
  10. "For Turiya" (reprise de Charlie Haden)

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