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Live Report #20 : FFF au Bataclan (30 novembre 2016)

Publié le par Tehos

Il y a deux ans, j'ai eu la joie d'être au concert donné par FFF à la Cigale, un extraordinaire moment de retrouvailles avec l’une des formations françaises majeures des années quatre-vingt-dix (découvrez mon Live Report de la soirée). Disparu depuis 2001, le groupe est réapparu en 2013, refaisant petit à petit surface à l’occasion de quelques dates ponctuelles, mais convaincantes et révélant un réel intérêt du public.

Ce soir, j’avais le choix entre aller à l’inauguration du salon du livre et de la presse jeunesse, ou bien retourner voir FFF. Comme vous pouvez vous en douter, je n’ai pas vraiment hésité. En plus, l’évènement a une portée toute particulière pour moi, car il s’agit de mon premier concert au Bataclan depuis sa récente réouverture. J’ai un peu d’appréhension depuis ce matin, je redoute ce moment où je vais pénétrer dans la salle et où des images d’horreur risquent de m’envahir. Je fais bien sûr allusion aux attentats qui ont eu lieu ici en novembre dernier et qui ont laissé beaucoup de personnes sur le carreau. Mais le fait que ce soit pour voir FFF me donne du courage, j’ai vraiment hâte d’y être. Et puis c’est complet, ça fait bien plaisir.

Live Report #20 : FFF au Bataclan (30 novembre 2016)

Lorsque j’arrive devant le Bataclan, je suis surpris par l’entrée qui n’a plus rien à voir avec l’ancienne. Du coup, j’ai l’impression d’être ailleurs et mes craintes diminuent. Je remonte la file de fans qui s’étend assez loin et je m’attends à une longue attente, mais finalement ça va assez vite. J’entends un homme qui plaisante avec des amis "Vous avez pensé à vos boules Quies ? Non j’déconne", le tout assorti d’un rire bien gras. Super, on en reparlera quand t’auras chopé un acouphène… Bref, la fouille est organisée en trois rangées, celle des femmes, celle des hommes sans sac et celle des hommes avec sac. Ce soir je n’ai pas pu venir les mains dans les poches, donc c’est vers cette dernière que je suis orienté. J’ai quatre personnes devant moi, ça ne devrait pas traîner. Un quart d’heure plus tard, je passe enfin la dernière barrière… Maintenant je le sais, l’étape du contrôle à l’entrée du Bataclan est plus poussée qu’ailleurs. Quoi que récemment, j’ai découvert l’enceinte de l’AccorHotels Arena, où j’ai eu droit à non pas un, mais deux contrôles très sérieux. Le vestibule lui aussi a changé, mais je ne m’attarde pas. Je comptais passer au vestiaire, mais vu la file d’attente, je laisse tomber. Un nouveau sentiment d’anxiété m’envahit au moment de pénétrer dans la salle, mais quand je passe entre le bar et le stand de merchandising, je m’étonne de ne pas constater de changements importants, je me sens tout de suite comme chez moi (ça fait un bail que je fréquente cette salle). Ayant passé la quasi-totalité du concert de la Cigale dans la fosse agitée et étant un peu chargé, je me dis que cette fois, je vais rester loin de la bagarre. Je fais un petit tour rapide en espérant me trouver une place à la balustrade du rez-de-chaussée. Coup de chance, je tombe sur le dernier espace disponible et je me pose entre deux belges et un poteau. Pendant ce temps-là, la Mouche joue ses trois derniers morceaux. J’ai déjà eu l’occasion de les voir et devinez quoi ? C’était déjà en première partie de FFF. Je ne connais pas plus que ça, mais j’ai apprécié leur rock excentrique, un peu burlesque et avec une touche de psychédélique. À la fin de leur set, le batteur nous remercie et explique que le guitariste a joué avec des côtes cassées et que la claviériste n’est là que depuis quelques jours. Bon, moi en tout cas je n’ai rien remarqué. En même temps, j’avoue que je n’étais pas très attentif, j’observai un peu les gens en m’étonnant de les sentir autant à l’aise, discutant comme s’il ne s’était rien passé ici. En même temps ils ont raison, c’est la bonne attitude à avoir. D’ailleurs, je me rends compte qu’aucune image ne m’envahit et que moi aussi je me sens bien ici. Tout va bien, la soirée peut commencer.

À vingt heure trente, les habitués commencent à se faire entendre, impatients comme beaucoup, surtout qu’un FFF géant a envahi le fond de la scène depuis un moment. Quelques instants plus tard, la salle s’illumine entièrement avant d’être plongée dans le noir. La première moitié du groupe entre alors sur scène et s’installe sur l’estrade du fond. Les trois autres suivent juste derrière et prennent position en première ligne, sous les applaudissements chaleureux d’un public ravi. Portant une veste élégante et les cheveux dressés sur la tête, Marco Prince tourne sur place alors que commence l’intro du morceau "Des illusions", "Bonsoir tout le monde, vous allez bien ? Ce soir n’est pas un soir comme les autres ! Le Bataclan est-ce que vous êtes là ? J’ai un rituel avant de commencer les concerts et aujourd’hui il est un peu spécial. J’ai envie qu’on pense à ceux qui devraient être là. Alors j’ai besoin de savoir ici, maintenant, tout de suite, le Bataclan, EST-CE QUE VOUS ÊTES VIVANTS ?", tonnerre d’approbation venant du public, "EST-CE QUE VOUS ÊTES VIVANTS ?", redoublement de tonnerre !!! Je m’y attendais, j'en ai parlé plusieurs fois aujourd'hui au boulot, mais cette entrée en matière ne ressemble vraiment pas aux autres. Elle a une symbolique très forte et l'émotion est au rendez-vous, je sens des frissons me parcourir tout le corps. Ça commence par un groove tranquille, on prend le temps de refaire connaissance. Comme il y a deux ans, impossible de ne pas remarquer la tenue excentrique de Niktus, qui porte cette fois une sorte de peignoir blanc. Marco en profite pour présenter leur nouveau claviériste, Doctor R (j’imagine qu’il s’agit de Romain Caillard, qui les avait rejoints l’année dernière), avant que celui-ci ne parte dans un solo aux sonorités qui ne me parlent pas vraiment (j’ai mis pas mal d’années à me faire à certains sons de claviers, c’est pas trop mon truc, mais je m'y suis fait avec le temps).

Live Report #20 : FFF au Bataclan (30 novembre 2016)

"Le Bataclan est-ce que vous êtes là ? Alors ce soir c’est bien simple, il ne va être question que de musique, de plaisir et de partage. En fait, on attend de vous quelque chose de très simple, juste "Le Pire et le meilleur"" et là, un Yarol décontracté à l’éternelle veste en jean balance le riff étouffé que nous attendons tous. Nous commençons à taper des mains en rythme pour l’accompagner, alors que Krichou fait tourner une serviette au-dessus de sa tête. Je suis emporté par la basse qui tourne lourdement sur le couplet et une bonne partie du public chante à l'unisson le refrain. Puis Marco tend le bras vers Paddy Sherlock et Adelaïde, qui se tiennent sur l’estrade "Faites du bruit pour nos cuivres !", tous deux tenant un trombone et dansant sur la musique. Mis en valeur par un spot, le guitariste se lance alors dans un solo, tandis que son chanteur vient lui enserrer le cou par derrière en signe d'affection. De son côté, Niktus parcours la scène avec de grandes enjambées et l’on découvre une sorte de combinaison rouge sous son peignoir, qui commence à tomber, "Mais pour le pire, j’espère que ce soir vous serez les meilleurs..." Le groupe nous assène ensuite le musclé "Silver Groover". Marco a saisi un trombone rouge, avec lequel il joue avant de reprendre le micro. Et puis ça y est, il fait tomber la veste pour se retrouver torse nu (le coquin ne portait rien en-dessous). Yarol a rejoint son bassiste pour sauter en rythme, perdant lui-aussi sa veste au passage. Le refrain est explosif et une grande partie de la salle semble complètement exaltée, moi compris. Les cuivres résonnent et Doctor R headbangue comme un fou derrière son clavier. Un solo endiablé nous assaille et la fosse est en feu, alors que Marco nous harangue, "Le Bataclan est-ce que vous êtes là ?", avant de se jeter dans la foule. Il navigue un moment par-dessus le public, porté par un flot de mains inconnues, mais amicales et qui le ramènent sur scène.

Après un instant de silence, des sons provenant d‘un vocoder (ça non plus, ce n’est pas trop mon truc généralement, ou à petites doses) s’élèvent dans l’obscurité. Krichou s’est levé et nous incite à réagir avec ses bras, "Du bruit pour Doctor R !" Les autres le rejoignent dans une sorte de jam au lourd groove dub, qui tourne un petit moment. Soudain, le rythme change et j’entends les "Balabalabalabala" qui annonce "Mauvais garçon". L’ambiance est inquiétante, appuyée par l'énorme basse de Niktus, qui fait les cent pas sur toute la largeur de la scène. À ce moment-là, je me rends compte que son peignoir ne tient plus qu’à la sangle de son instrument et qu’il traîne derrière lui, comme les ailes d’un ange déchu. Tiens, ça me fait penser à la pochette de leur album live "Vivant". Marco nous interpelle à nouveau "Y’a des bad boys dans la salle ?", alors que le bassiste est monté sur l’estrade et se tient un moment entre le docteur et Krichou. Puis, les musiciens font durer la fin du morceau, un peu comme dans un bœuf.

Marco Prince nous explique ensuite qu'ils connaissent bien le Bataclan, car ils ont grandi tout autour et joué ici à leurs débuts, obligé de partager l'affiche avec plusieurs autres groupes. Puis, Yarol lâche quelques accords, alors que Krichou s’est levé une fois encore pour nous faire taper des mains avec l’aide de Paddy et de Niktus. Là aussi ça explose et les trombones résonnent d’une façon magistrale, tandis que Yarol et Niktus ont interverti leurs places sur scène. Le calme revient pour laisser les cris du public remplir la salle. Le devant de la fosse saute sur le refrain de "Stone to the Bone", alors que la guitare funky est relevée par les cuivres. Sur l'un des passages les plus féroces de la soirée, Adelaïde et Paddy sautent comme des damnés, alors que guitariste et bassiste se déchaînent sur la scène. Nouvelle acclamations du public lorsque le calme revient et laisse cette fois la place à l’intenable basse. Puis ça explose à nouveau quand une tempête semble se déverser sur la scène et dans la salle. Là encore, FFF s’amuse sur la fin du morceau, partant dans ce qui ressemble à une improvisation, tandis que les membres du groupe se désagrègent petit à petit, avalés par une fumée, jusqu'à disparaître complètement. La musique s’achève dans l'obscurité, sur une mélodie de piano qui sonne un peu comme une berceuse. Tiens donc, ça me rappelle quelque chose… Doctor R continue à jouer quelques instants, éclairé par des spots violets venant du sol. C’est à ce moment-là que je me rends compte que les gens placé vers le bar sont extrêmement bruyants et je suis étonné par le flot de bavardage qui ressort du fond de la salle. Je me recentre vite sur la scène, lorsque la mélodie devient l’air de "Morphée", saluée par les acclamations du public, qui reconnaît là l’un de ces titres favoris. Certains spectateurs tentent de suivre timidement Marco lorsqu'il entame le morceau et je dois dire qu'à cet instant, le chanteur est particulièrement bon. Pendant qu’il vient taper les mains de quelques fans placés au premier rang, je remarque que Paddy et Adelaïde ne sont plus là. Quand la température commence à monter, Marco et Niktus se collent dos à dos, l’un criant le poing levé, puis se tapant la poitrine, tandis que l’autre envoie de grosses lignes de basse tonitruantes "Le Bataclan, vous êtes toujours vivants ?"

Je ne reconnais pas la guitare qui arrive ensuite, "Le Bataclan faites du bruit !" et ce qui vient après ne ressemble pas vraiment à du FFF, plus pop et avec une batterie qui s'apparente à un beat électro, "Ce soir pour vous, à la basse c’est Niktus". C'est au tour de Yarol de monter sur l’estrade pour jouer entre Krichou et Adelaïde (elle est revenue, tout comme son comparse Paddy). Les gens bougent moins, mais observent le groupe et frappent des mains à plusieurs reprises. Le batteur joue le rythme en montant son bras droit très haut, le tendant à la verticale. L’ensemble est plutôt entraînant, mais peut-être un peu trop long, "Le Bataclan vous êtes toujours là ? Ce soir on va vous faire de nouvelles choses. Ce morceau s’appelle "Moving on", ça veut dire "bouge", alors bouge !" Puis Marco demande d’éteindre les lumières avant de descendre chanter tout près du public, tandis que la musique évolue en une sorte de jam aux accents disco funk rock, "Merci !" L’accueil du public pour cette nouveauté n’est pas mauvais, mais moins enthousiaste que pour les anciens morceaux, "Ben Paris, faut pas que tu sois timide comme ça !"

Doctor R saisit un clavier portatif, lâchant quelques notes funky déformées par des effets, alors que Marco le présente à nouveau. Il est descendu de l’estrade pour traverser la scène et jouer avec Yarol qui lui rend quelques fils de guitare. Soudain, les autres entrent dans la danse pour embrayer sur "La Camisole (Drugs)", "À la guitare, c’est Yarol !" Le groove est assez lent, mais sympa, la guitare électrisant bien les ponts et les refrains. Marco fait venir près de lui Paddy et Adelaïde, puis reprend son trombone rouge et vient se placer entre eux, alors qu'ils jouent tous les trois ensembles. Ça explose ensuite dans un déluge instrumental, avec des notes frénétiques qui se croisent, Yarol et Niktus parcourant la scène rapidement. Mais le groove tranquille revient mettre de l’ordre un instant, avant que ça ne reparte, Niktus ne tenant plus en place et Yarol se plongeant dans un solo, les jambes écartées et la tête en arrière.

Live Report #20 : FFF au Bataclan (30 novembre 2016)

"Ça groove toujours à Paris ?", le riff de guitare funky de "Knock You Down" vient nous gratouiller les oreilles, tournant un moment seul avant d'être rejoints par les autres instruments. Les cuivres sont assez présents et Marco les salue à nouveau, avant de partir les rejoindre pour jouer une nouvelle fois avec eux. Mais cette fois, il s’agit d’une sorte de battle où chacun joue de courts passage l’un après l’autre. Le public est bien chaud lorsque Krichou enchaîne sur un solo de batterie, encouragé par le groupe et les spectateurs qui crient son nom. Yarol nous fait alors bouger les bras en rythme de gauche à droite, avant que le morceau ne se relance. "Vous êtes toujours là ? On va voir ça tout de suite." Je reconnais alors le riff du nouveau morceau que le groupe nous avait déjà présenté à la Cigale, sous le nom provisoire de "Hey Hey Hey Hey" (ou "Hey Yeah", comme vous voulez, ça n'a pas l'air encore tranché). La musique est partie, mais assez rapidement, Marco freine ses acolytes et arrête tout, "Vous êtes déjà fatigué ? Ça c’est moche, non sérieux. Vous êtes venu ici ce soir et on va mettre un putain de fire ! Est-ce que vous êtes vivants ? Je veux qu’on fasse un pogo géant, un pogo d’amour. Il suffit de se frotter les uns aux autres, d’accord ? Avec nous, tout le monde debout ! Yeaaah ! Allez, levez les mains, je veux les voir", puis le rockabilly endiablé du morceau entraîne toute la salle dans une communion d’énergie salvatrice. J’avais moyennement apprécié ce titre à la Cigale, ne le trouvant pas à sa place, mais j’avoue l’avoir trouvé bien plus efficace ce soir. Niktus a enfilé une espèce de grosse cagoule bleue qui ressemble à une peluche et qui accentue son excentricité, lui donnant presque l'air d'un personnage de dessin-animé. Plusieurs spectateurs montent sur scène, certains dansant un peu sur la musique, mais tous finissent par se jeter dans la foule sous les "Rattrapez les !" lâchés par Marco. L’ambiance est à la fête et le chanteur lance encore "Le bataclan, est-ce que vous êtes là ?", avant de nous faire taper des mains très rapidement. Les gens sont dans l'ambiance et la fosse se déchaine sur le refrain, ça fait plaisir à voir. Puis vient un break durant lequel nous sautons tous ensemble, "Jump jump jump", sur un son plus lourd et marqué par le synthé. Tout s’éteint ensuite dans une sorte de fade out, mais… "One, two, one two", ça repart à toute bombe pour notre plus grand plaisir, avec un Yarol surexcité qui fait péter un solo d’enfer et un Niktus qui vient tourner auprès de lui, lâchant des lignes de basse enflammées. Le public est aux anges et offre un très bon accueil au morceau "Merci de ton énergie, merci pour l’amour !"

Live Report #20 : FFF au Bataclan (30 novembre 2016)

Marco prend la température à différents endroits de la salle "Est-ce que vous êtes prêt à faire un peu de bruit pour les quartiers populaires ?" et nous savons tous ce que ça veut dire. Il parle ensuite des étrangers que l’on a fait venir en France pour travailler et qui ont eu des enfants, comme ses parents et lui, "On est content d’être dans ce joli pays où il fait bon boire des coups en terrasse, aller voir des concerts, embrasser qui on veut, faire l’amour putain !" L'approbation du public prend de l’ampleur sur ces derniers mots et se termine par un torrent d’applaudissements, "8.6 Power ! Avec nous, tout le monde, tout le monde !" C’est bien sûr l’heure de "Barbès", dont le premier couplet et le premier refrain sont presque uniquement chantés par le public, qui tape aussi des mains en rythme avec l'ensemble du groupe, "Tu déchires !" Des spectateurs montent sur scène pour slamer, "Rattrapez les !" Marco nous rejoint pour chanter la suite, étouffant quelques éclats de rire entre les paroles, absorbé par ce qui se passe dans la fosse. Des jambes flottent au-dessus du public et tout le monde s'agite sur la scène, dont certains fans, restés pour danser avant de rentrer dans la ronde des slams. Sur la dernière partie, les cuivres résonnent bruyamment et le morceau se termine dans un nouveau déluge d’applaudissements, alors que Marco fait monter un enfant sur la scène "Faîtes du bruit pour la relève !" et que retentissent de lents "F, F, F… F, F, F… F, F, F…" scandés avec ferveur.

Une fois l'ambiance redescendue d'un cran, Marco évoque un évènement récent, "Alors on va gentiment dédicacer ce morceau qui s’appelle "AC2N" au nouveau maître du monde, qui est aussi le meilleur ami de Mickey et qui s’appelle Donald, là-bas, de l’autre côté. Assez de haiiiine !!!", puis le groupe envoie la sauce, ça envoie ! La batterie est soutenue par un beat électro et quelques jets de fumée surgissent. Marco nous interpelle quand le rythme retombe pour le couplet, "Vous êtes toujours là ?", ça tourne bien derrière et les gens sont enthousiastes, sautant et criant sur le refrain, il y a une grosse ambiance. "Le Bataclan, est-ce que le message est clair ? Je n’ai pas de conseille à vous donner, j’espère juste que tous ceux qui sont ici ce soir allez bouger vos culs pour aller voter pour pas qu’il nous arrive des mésaventures comme nos amis américains, ok ?" La partie instrumentale continue à tourner derrière, comme une machine lancée à pleine vitesse, puis Marco reprend, brandissant son majeur en l'air, imité par la majorité de l'assemblée, "Je veux voir tout le monde, dans une idée d'anti-impérialisme, tout le monde, une marée humaine de doigts, yeah, yeah, yeah ! One, two", avant que le groupe n'envoie un final explosif, "Merci, bonsoir ! Faites du bruit pour vous ! Faites du bruit pour le Bataclan !" et ne quitte la scène…

Le public rappelle le groupe avec ferveur, applaudissant, sifflant, criant et scandant des "FFF ! FFF ! FFF !", tandis qu'un roadie vient ajuster un micro sur son pied. Yarol revient tranquillement et se pose dans un coin. Il finit par s’approcher du micro et remercie toute l’équipe technique avant de jouer avec des maracas. Des sons de percussions commencent à me parvenir en provenance des coulisses, puis je vois arriver Krichou par le côté gauche de la scène, frappant sur un gros tambour accroché à son cou. Il est suivi par le reste de la petite troupe, Niktus s’arrêtant un moment pour saluer le public et prendre quelques mains au passage, alors que Yarol et Paddy s’éloignent un moment pour délirer ensemble. Puis tous s’alignent face à nous et entourent Krichou pour nous interpréter une version très spéciale de "Maman Krie", réduite à l’essentiel et que j'ai déjà eu l'occasion de découvrir il y a deux ans à la Cigale, "Vous êtes tous encore là ?" Krichou se met à chanter de courtes successions de mots aux accents africains et que nous répétons, tapant des mains en rythme. Puis il fait un aparté, tout en continuant de jouer, "On va essayer d’envoyer un petit message pour tous ceux qui sont tombés ici. Je veux voir toutes les mains en l’air. On parle au ciel, on parle au firmament". Prit par ce joli moment de communion, le public reprend avec lui, "On est là, on vous envoie, la chaleur et le sentiment… On est là, on vous envoie, la chaleur et le sentiment. Faites du bruit ! Faites du bruit ! Faites du bruit !" Et là, une tornade de cris et d’applaudissements se déchaîne dans la salle, mais Krichou ne perd pas le nord et reprend rapidement le morceau, "Changer, pas oublier… Changer, changer… Une chanson sur le souvenir !" Le partage avec le public continue de plus belle pendant un moment, dans une sorte de célébration joyeuse du souvenir. Les autres membres du groupe participent également à la fête, chantant, tapant des mains avec nous ou utilisant de petites percussions. Un beau moment de partage, une sorte d'exorcisme doux pour ne pas oublier ce qui s’est passé ici et pour réveiller la vie qui doit y régner.

Après un moment de flottement, Marco reprend la main, "Le Bataclan, il vous reste encore un peu d’énergie ?", "OUAIIIIIIS !!!" "On va voir ça…" Une nappe synthétique commence à monter, puis une sorte de boucle électro se met à tourner, "Vous êtes toujours là ?" Les gens tapent des mains, alors que ce qui semble être un nouveau morceau débute, assez pop rock, ressemblant davantage à du AC/DC qu'au répertoire habituel du groupe. "Hey, le Bataclan, vous trouvez pas qu’il fait un peu chaud ? Moi je propose qu’on enlève une couche, quoi. Enlève ton t-shirt là ! Pour ceux qui n’osent pas, on va essayer de monter la température" et Marco enlève alors son t-shirt noir FFF avait lequel il était revenu pour le rappel, mais seuls quelques spectateurs suivent son exemple. Il nous fait ensuite taper très vite dans les mains, alors que le rythme et la boucle continuent à tourner. Niktus et Yarol viennent gesticuler au milieu de la scène, pendant qu'une fumée envahie l'espace. Puis, le bassiste monte à nouveau sur l'estrade pour jouer face à Doctor R, tandis que Marco scande des "Higher" de plus en plus fort, jusqu’à ce que la musique n’explose dans un tonnerre électrique. Il ne sera pas présenté, mais il s’agit du troisième morceau inédit de la soirée, nous sommes gâtés.

Un son de synthétiseur vient ensuite se poser, "Est-ce qu’il y a des négros dans la salle ?" "OUAIIIIIIS !!!" "Je vois que certains connaissent déjà le concept. Avec FFF, on parle d’une théorie scientifique nettement prouvée, qui dit qu’on a tous en nous un petit négro qui sommeille. Non, mais cherchez pas, c’est prouvé, c’est indiscutable. Tout de suite ce soir maintenant, le Bataclan, ce qu’on attend, c’est de savoir si vous êtes capable de le réveiller. Alors je repose ma question. Est-ce qu’il y a des négros dans la place ce soir ?" "OUAIIIIIIIIIIIIS !!!" "Ok, parfait. I am a nigga, you are a nigga…" et "Niggalize It" nous explose à la face avec un son massif, "Jump jump jump jump", toujours efficace et mettant le feu, alternant des phases funky avec un orage de décibels. Les têtes de Niktus et Yarol sont collées l'une à l'autre alors qu'ils assurent les chœurs à l'aide d'un seul micro, puis nous chantons tous avec le groupe lors d'un break a cappella. La tempête sonore reprend et Marco présente les musiciens une nouvelle fois, tandis que Yarol se couche sur le public pour se laisser porter sur le dos, tout en continuant de jouer son solo. Une fois revenu sur la scène, il saute partout et incite les membres de leur staff à sortir des coulisses pour venir se défouler à leurs côtés, ce que certains finissent par faire. "Merci d’avoir été avec nous, faites du bruit pour ceux qui auraient pu être avec nous ce soir ! Merci, merci, merci ! Pour tous ceux qui n’auraient pas encore compris, FFF est de retour ! Du bruit pour notre équipe technique !" La tempête résonne toujours en fond, portée par la fracassante basse qui se démarque particulièrement. Tout le monde gesticule un peu partout, puis j'aperçois Doctor R qui se met de dos, écarte les bras et se laisse tomber dans la foule avec son clavier autour du cou. "Pour vous ce soir c’était F, F, F… F, F, F… F, F, F !", ces dernières lettres sont reprises avec puissance par une foule très complice. "Vous êtes toujours vivants ?" "OUAIS !!!" "One, two, three, four", la machine se relance et le public est surexcité, Marco ne tient pas en place, "Jump jump jump", criant à perdre haleine, "Yeah ! Yeah ! Yeah !", puis quitte la scène avant que Yarol ne s’offre un dernier solo et ne mette un point final au show, en jetant sa guitare à un technicien, "Merci, à bientôt !"

Le groupe reste un moment à applaudir, puis Niktus et Paddy plongent dans la marée humaine qui se trouve devant eux, pendant que Yarol annonce un prochain concert dans quelques jours, toujours à Paris. Paddy a disparu, englouti par les eaux, mais Niktus est remonté sur scène et présente ce qui semble maintenant être devenu une tradition (en tout cas, j'y avais déjà eu droit à la Cigale), le slam de Krichou. Ce dernier s'élance alors avec un peu d'élan, puis son envergure se déploie dans un puissant saut. Il est lui aussi rattrapé par son public aimant et promené un moment au-dessus des vagues, avant d'être ramené à bon port. Il reste seul pour nous dire quelques mots et annoncer une bonne nouvelle, "Merci d’avoir partagé ce moment avec nous. On est en train de préparer un nouvel album qui sortira en juin ou en septembre. Merci !"

Live Report #20 : FFF au Bataclan (30 novembre 2016)

Une boucle électro tourne encore, mais la lumière se rallume, alors que les gens ne donnent pas l'impression de vouloir quitter la salle, n’arrêtant plus d’applaudir et de crier. Cet acharnement s'avère payant, puisque le groupe revient nous saluer une dernière fois, provoquant de nouveaux "FFF ! FFF ! FFF !". Une partie du public finit par partir, mais de nombreuses personnes continuent de rappeler le groupe "FFF ! FFF ! FFF !" avec enthousiasme durant plusieurs minutes. L'espoir s'éteint quand la boucle s'arrête, tandis que les clappements de mains retentissent de plus belle. Un grand brouhaha collectif vient clore cette belle soirée.

Si je devais comparer ce concert à celui de la Cigale, je dirais l'avoir trouvé moins percutant, mais d'un très bon niveau quand même. J'ai retrouvé un FFF plus joueur, partant parfois en jam et qui nous a présenté trois nouveaux morceaux assez éloignés de son répertoire habituel. Force est de constater que le groupe a une fois de plus boudé son album "Vierge", n’en jouant toujours aucun titre. J'ai trouvé Marco Prince parfois un peu juste, mais ça n'a pas vraiment d'importance, tant il assure son rôle avec passion, nous haranguant sans cesse. J’ai lu quelque part une interview, où il explique être toujours très angoissé avant de monter sur scène. J’imagine que ça n’a pas dû s’arranger depuis le retour du groupe, mais dans l'ensemble il s’en sort vraiment bien. Du côté des jeux de lumière, l’ensemble est resté très cohérent et dynamique durant tout le show, mêlant souvent des spots de deux couleurs différentes, l’une pour l’ambiance générale et l’autre pour les mises en valeur. Ajoutez à ça de la fumée, les trois lettres géantes trônant au fond de la scène, un groupe explosif et vous obtenez un environnement idéal pour passer une bonne soirée. Le public n'était pas en reste, matière première manipulée par le groupe, poudre enflammée par l'étincelle FFF. Pour ma part, je me sens libéré de toute appréhension et j'ai retrouvé un Bataclan vivant comme jamais.

Tehos

Setlist :

  1. "Des illusions"
  2. "Le Pire et le meilleur"
  3. "Silver Groover"
  4. "Mauvais garçon"
  5. "Stone to the Bone"
  6. "Morphée"
  7. "Moving on" (nouveau morceau)
  8. "La Camisole (Drugs)"
  9. "Knock You Down"
  10. "Hey Hey Hey Hey" (nouveau morceau/titre provisoire)
  11. "Barbès"

"AC2N"

  1. "Maman Krie"
  2. "Unknown" (nouveau morceau/non identifié)

"Niggalize It"

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